• Matthieu Julian

Métapsychologie & Deuil et mélancolie [Freud]

Mis à jour : 16 mai 2019


L'avis de la psychanalyse sur le deuil

Dans Pulsions et destins de pulsions (1915), Freud fait un exposé structuré sur le concept de pulsion. En effet, son objectif est de lui donner une forme, la plus conforme aux critères de validité scientifique. C’est pour cela qu’il commence son étude par des points de physiologie et de biologie. Il n’en reste pas moins que ce texte permet de mieux comprendre le concept de pulsion, car il met en évidence la place qu’elle prend dans le développement humain, il différencie différents types de pulsions (les pulsions du moi et les pulsions sexuelles) et il expose leurs devenirs et leurs destins. Dans une première partie, en s’appuyant sur le modèle physiologique de l’excitation et sur le schéma du réflexe, Freud part de l’idée qu’il faut distinguer les excitations qui proviennent de l’extérieur et celles qui proviennent de l’intérieur de l’organisme. C’est à partir de cette idée qu’il va formuler le concept fondamental de pulsion. En effet, l’excitation extérieure a un impact unique, momentané, qui peut être évité par la fuite par exemple, alors que l’excitation qui provient de l’intérieur, se manifeste par une force, une poussée et est inévitable.


C’est justement cette excitation qui provient de l’intérieur de l’organisme et qui s’adresse au psychisme que Freud nomme « pulsion », aussi parce que la seule manière de répondre à cette pulsion et de la supprimer c’est la satisfaction. Ce qui est intéressant, c’est que c’est cette notion qui permet à Freud de décrire la fonction de l’appareil psychique : celle de contenir et de prendre en compte ses excitations (internes et externes) pour s’approcher au plus près d’un état de non-excitation. En effet, si l’activité de l’appareil psychique est soumise au principe de plaisir, lié aux sensations de plaisir-déplaisir, sa fonction est bien de maîtriser les excitations. La sensation de déplaisir serait alors en rapport avec l’accroissement de cette excitation, alors que la sensation de plaisir serait liée à une diminution de celle-ci.


Freud dit que la pulsion est un concept limite entre le psychique et le somatique, d’abord parce que la place du corps est importante, et aussi parce que les plaisirs et les déplaisirs ont un certain ancrage originel dans le corps (zones érogènes par exemple). La pulsion possède alors deux pôles, un pôle somatique et un pôle psychique. En effet, la pulsion est au départ un besoin réel, représenté par l’énergie de la pulsion (la faim), qui imposerait alors au psychisme la tâche d’élaborer un certain désir (désir de manger). Le principe de réalité est en ce sens un déterminant de la vie psychique, puisque face à ce désir, le psychisme doit sans cesse détourner les satisfactions en fonction de cette réalité.


Dans un second temps, Freud expose le travail de la pulsion en disant qu’elle est caractérisée par une poussée (la somme de forces qu’elle représente), par un but (obtenir la satisfaction), un objet (moyen par lequel la satisfaction est atteinte) et une source (ce dans quoi l’excitation est représentée : organe par exemple).

Freud rappelle ensuite la différence entre les pulsions d’autoconservation (les pulsions du moi) et les pulsions sexuelles. Les pulsions sexuelles sont nombreuses et ont des sources organiques multiples. Freud dit qu’elles sont d’abord indépendantes les unes des autres et ont pour but le plaisir de l’organe. C’est dans un second temps qu’elles se rassemblent pour se mettre au service de la reproduction et devenir des pulsions sexuelles. À leur naissance, elles sont en effet rattachées aux pulsions d’autoconservation.


Les destins pulsionnels sont présentés comme des moyens de se défendre contre les pulsions pour tenter de conserver un certain état d’équilibre psychique. Freud détaille alors quatre destins : sublimation, refoulement, renversement dans le contraire, retournement sur la personne propre. Freud a principalement développé le renversement dans le contraire (soit dans le couple activité-passivité par rapport aux buts, soit un renversement dans le contenu) et le retournement sur la personne propre (avec l’exemple du sadisme et du masochisme).


Dans Le refoulement (1915) et dans L’inconscient (1915), Freud fait la distinction entre un refoulement originaire, un refoulement après-coup et le retour du refoulé. Il y a un premier pôle de refoulement, originaire, portant sur les représentants de la pulsion et qui crée ainsi un premier noyau inconscient attractif pour les autres éléments à refouler ensuite. C’est ce refoulement originel qui rend alors possible les autres refoulements. Pour Freud, sans le refoulement primaire, il n’y a pas de refoulement possible. Le retour du refoulé, c’est la tendance inévitable du refoulé à vouloir s’exprimer.


Dans la fin du Tome XIII, on peut constater que l’inconscient freudien n’est pas seulement un lieu (topique), mais que c’est aussi quelque chose qui cherche à s’exprimer continuellement et à se satisfaire. Ainsi, c’est cela le jeu de force dynamique, si le refoulé est maintenu hors de la conscience par la censure, il cherche en même temps continuellement à faire pression pour se satisfaire. Le refoulement est considéré par des points de vues topique, dynamique et économique.


Freud postule que les désirs inavouables de l’homme veulent se satisfaire, mais qu’ils vont à l’encontre de la loi, de la morale et des bonnes mœurs et que c’est pour ça qu’ils sont refoulés. Plus précisément, c’est la représentation de la pulsion qui est refoulée, pas l’affect qui, quant à lui, a un autre destin. Cette représentation s’associe alors à d’autres représentations, de proche en proche, jusqu’à créer un réseau associatif qui peut tenter d’advenir à la conscience par une représentation associée, par des voies détournées (rêves, lapsus, humour, symptômes, actes manqués, etc).


Dans Deuil et mélancolie (1915), Freud tente d’expliquer la mélancolie en la distinguant de l’affect normal du deuil, au niveau structurel et clinique. La préoccupation de Freud pour ce sujet n’est pas un hasard puisque ses deux fils sont partis pour la guerre et que l’idée de leur mort plane au dessus de Freud. Le texte trouve son articulation à partir des concepts de narcissisme, de la relation d’objet, de l’identification et de l’ambivalence tout en étudiant l’articulation triangulaire Moi-Libido-Objet. Freud développe alors l’idée d’une identification à l’objet perdu qui s’inscrit dans une organisation narcissique.


Pour comprendre les mécanismes de la mélancolie, Freud les compare à ceux du deuil. En effet, ces deux états sont assez proches, si ce n’est que la mélancolie se caractérise par une affection morbide, une humeur profondément douloureuse, un désintérêt pour le monde extérieur, la perte de la faculté d’amour, l’inhibition de toute activité, l’autodépréciation, la mésestime de soi et les accusations envers soi-même. Freud dit que la mélancolie a la spécificité de donner à voir de larges autoaccusations, autocritiques, avec des insomnies, un refus de s’alimenter et « une défaite complète de la pulsion de vie ».


Lorsque l’individu perd un objet d’investissement, l’épreuve de la réalité lui montre que l’objet n’existe plus et qu’il doit y en retirer petit à petit sa libido afin de l’investir ailleurs. C’est ce travail-là qui est très difficile pour le mélancolique qui tente de retenir l’image du disparu. Dans le deuil, la personne la conservera comme un souvenir. L’objet n’est plus investi de libido car cette dernière s’est détachée de lui pour s’orienter sur d’autres objets. Freud dit qu’à la fin d’un processus de deuil le Moi demeure libre. Dans la mélancolie, le sujet ne parvient pas à intégrer la perte de l’objet et ne peut pas y en retirer sa libido. Il met alors en place un processus, non plus de souvenir de l’objet, mais d’incorporation et d’identification à l’objet perdu. Le travail de deuil ne se met pas en place et une partie du Moi devient l’objet.


L’article précise que, dans le deuil, le monde est pauvre et vide alors que dans la mélancolie c’est le Moi qui est devenu vide. Contrairement à l’endeuillé, le mélancolique est dans une autodépréciation extrême et un fort appauvrissement du Moi. Les autocritiques du mélancolique sont destinées à l’objet perdu, mais par un mécanisme d’identification les plaintes tombent sur le Moi du sujet.

Freud précise que la régression du mélancolique est orale, tout comme l’hystérique qui utilise les mécanismes de défense de ce stade, mais il marque une grande différence entre ces deux affections car dans la mélancolie l’investissement d’objet est complètement suspendu alors que chez l’hystérique – mais aussi chez l’obsessionnel – l’investissement objectal demeure et il s’exerce de façon isolée par des expressions somatiques (l’hystérique), ou, de manière déplacée par, des préoccupations intellectuelles et rituelles (obsessionnel).

C’est donc cette fixation narcissique qui distingue le deuil normal du deuil pathologique. L’identification narcissique du mélancolique annule l’investissement d’objet au profit d’un investissement exclusif du Moi. En plus de la régression orale narcissique, le mélancolique est soumis au conflit d’ambivalence qui complique le rapport à l’objet et qui ramène le sujet au stade sadique anal de son développement. Les tendances haineuses et sadiques envers l’objet autrefois aimé se retournent contre le sujet lui-même.


À partir d'une lecture de : FREUD, S. (2005). Métapsychologie et Deuil et mélancolie : 1915. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome XIII. Paris, PUF (de la page 157 à la fin).
6 vues
  • Facebook - Grey Circle
  • Twitter - Grey Circle
  • LinkedIn - Grey Circle
  • YouTube - Grey Circle

Mentions légales
Copyright © 2019 Matthieu JULIAN. All Rights Reserved.

  • Facebook - Grey Circle
  • Twitter - Grey Circle
  • LinkedIn - Grey Circle
  • YouTube - Grey Circle

Mentions légales
Copyright © 2019 Matthieu JULIAN. All Rights Reserved.