• Matthieu Julian

Histoire de la psychopathologie

Mis à jour : 16 mai 2019

La fondation de la psychopathologie commence à la fin du 19ème siècle sur le même terrain que la psychanalyse. Elle nait suite à la différenciation de la psychologie et de la philosophie. Gustave Feschner et Wilhelm Wundt ont été des fondateurs.



Quelle histoire pour la psychopathologie ?


À cette époque en Allemagne, il y a une psychologie expérimentale qui est fondée sur la physiologie et la mesure. En Angleterre, c’est une psychologie comparative qui domine c'est-à-dire fondée sur un esprit empirique, qui se réfère à l’associationnisme (courant philosophique qui explique le fonctionnement intellectuel par l’association des idées et leurs variations au fil du temps, variation automatique). En France, la psychologie pathologique, avec Ribot, est le champ principal. Il résulte d’une synthèse de tous les courants existants. La méthode en psychologie de Ribot est publiée en 1905. Cette théorie peut être reliée au champ de la psychiatrie (déjà une branche de la médecine s’intéressant à la pathologie grave des asiles et qui met la psychologie au second plan) et de la neurologie avec Charcot (phénomènes hypnotiques et névrotiques). Cela conduit la psychologie à étudier la pathologie et le pathologique.


Théodule Ribot est né en Bretagne. Philosophe et psychologue, il n’avait pas suivi d’études médicales. Il a créée en France l’école de la psychologie pathologique et est donc considéré comme le fondateur de cette discipline. Cependant, le psychiatre Allemand Enninghaus Erman (1845-1904) a occupé la première place dans l’enseignement de la psychiatrie. Il aurait été le premier à utiliser le terme de psychopathologie pour désigner la psychiatrie clinique, c'est-à-dire la pathologie du psychologique telle qu’elle s’observe dans la clinque (dans la relation avec le patient). Son influence a été importante en France mais a dépassé les frontières de l’Europe pour s’exercer à un niveau international. Il a mis au point, d’une part la psychologie scientifique et d’autre part une méthode psychologique : en l’occurrence la méthode pathologique. À l’origine, il était agrégé de philosophie, qu’il a enseignée au Lycée pendant 7 ans (jusqu’en 1873), puis il s’est engagé à Paris dans la recherche en psychologie expérimentale (dans des laboratoires d’histologie et de physiologie, mais aussi dans des asiles d’aliénés). Il a également suivi des cours sur la maladie mentale. Dans ce parcours de recherche, il écrit un premier ouvrage en 1870 intitulé La Psychologie anglaise contemporaine. Il introduit donc cette psychologie en France comme une psychologie positive (fondée sur l’associationnisme). Cet ouvrage comporte une préface où Ribot indique bien sa prise de position en critiquant la philosophie française et en militant pour la création d’une science psychologique qui doit se détacher de la philosophie et se construire comme discipline indépendante. Pour définir ce champ, il dit que cette psychologie ne se préoccupe pas de l’âme, ni de l’essence de l’âme, mais doit étudier des faits, des phénomènes, mais aussi les lois et les causes de ces phénomènes. La méthode qu’il défend est une méthode double, d’une part la méthode de l’introspection qui est une méthode subjective courante à l’époque et d’autre part elle doit prendre en compte l’aspect physiologique des phénomènes (observation et mesure des phénomènes – objectivité). En 1876, il crée une revue de philosophie qui s’intitule Revue Philosophique de la France et de l’Etranger : revue ouverte à toutes les doctrines et qui est centrée sur les nouvelles tendances en philosophie et en psychologie. Grâce à cela, la France était très bien informée des avancées étrangères.


Ribot se lie à Charcot (1825-1893), pour faire ses premiers travaux à la Salpêtrière, publiés dans sa revue sous forme de leçons cliniques. En 1874, Ribot rédige et publie un essai sur la philosophie de Schopenhauer. En étudiant cette psychologie, il s’engage dans l’approfondissement de la psychologie allemande. En 1879, il va introduire en France la psychologie allemande dans son ouvrage La Psychologie allemande contemporaine : psychologie qui prend surtout la forme de psychophysiologie (reposant sur des mesures et des quantités). Face à cette psychologie, Freud se positionne et dit que ce n’est pas de la psychologie, contrairement à sa psychologie des profondeurs. Il achève une thèse de doctorat portant sur l’hérédité des caractères psychologiques : première thèse en philosophie qui est une thèse de psychologie et qui est construite sur des bases scientifiques et non métaphysiques. Fondée sur celle de Darwin et donc sur l’évolution des espèces, elle est soutenue à la Sorbonne où il introduit la psychologie à l’université en 1873. Ces travaux vont conduire Ribot à appliquer à l’étude de la psychologie un principe opposé à celui de l’évolution, à savoir le principe de la dissolution mentale en particulier dans la démence et dans les troubles de la mémoire. Il va alors entreprendre un travail de grande envergure : l’étude des anomalies des fonctions mentales. C’est là qu’il va parler et mettre au point la psychopathologie pathologique. Il va enseigner à la Sorbonne pendant 3 ans jusqu’à ce qu’on crée pour lui une chaire de psychologie expérimentale comparée au collège de France (1888). Jusqu’en 1901, il occupe cette place en favorisant la création du premier laboratoire français de psychologie expérimentale, dirigée par Alfred Binet par exemple. Toutes ces études des anomalies mentales donnent lieu à de très nombreuses publications :

                 -  Les maladies de la mémoire ; 


                 -  Les maladies de la volonté ; 


                 -  Les maladies de la personnalité ; 


                 -  La psychologie des sentiments ; 


                 -  L’évolution des idées générales ; 


                 -  L’imagination créative ; 


                 -  La logique des sentiments ; 



Dans tous ces travaux, jusqu’en 1910, la pathologie occupe une place importante. Il expose la méthode pathologique dans son ouvrage De la méthode dans les sciences, la psychologie (1905). Cette méthode vise à étudier le normal à partir du pathologique. Comme disait Ribot : 
« Cette méthode tient à la fois de l’observation pure et de l’expérimentation, c’est un puissant moyen d’investigation qui a été riche en résultats. En effet, la maladie et une expérimentation de l’ordre les plus subtiles instituées par la nature elle-même, dans des circonstances bien déterminées et avec des procédés dont l’art humain ne dispose pas. Cette méthode atteint l’inaccessible. D’ailleurs si la maladie ne se chargeait pas de désorganiser pour nous le mécanisme de l’esprit pour nous faire comprendre son fonctionnement normal, qui d’autre oserait risquer une expérience que la morale la plus vulgaire réprouve ».

Cette méthode va introduire un changement considérable en psychologie en ce qui concerne le normal et le pathologique car elle présuppose l’existence d’une continuité entre le normal et le pathologique, voire une identité entre les deux.
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