• Matthieu Julian

Les névropsychoses de défense

Mis à jour : 16 mai 2019


Fiche de lecture sur Freud

Ce tome est très intéressant dans la mesure où il rend compte de la richesse des travaux de Freud entre 1894 et 1899, des richesses tant théoriques que cliniques.

Nouvelles théorisations plus certaines autour de l’hystérie qui permettent de penser les névroses de contrainte, les obsessions et les phobies face à la neurasthénie. Il insère la question du plaisir/déplaisir, de l’effet de la passivationet leur impact sur la symptomatologie. L’expérience, lorsqu’elle est vécue avec plaisir découle sur des mécanismes obsessionnels et phobiques alors que la passivation, comme déclencheur de l’effroi, induirait l’hystérie.Théorisation des névropsychoses-de-défense, ce qui lui permet de penser, à côté du sexuel, l’action des défenses psychiques. Une distinction franche de la névrose d’angoisse, comme entité clinique. Théorisation rigoureuse d’un complexe psychopathologique articulé autour de l’angoisse, et distinction des obsessions et des phobies. Un corps à corps avec la communauté scientifique pour faire entendre l’étiologie sexuelle des névroses. Freud anticipe les critiques qui peuvent être formulées et donne de nombreuses réponses à celles-ci, de potentielles limites à ses conclusions sont systématiquement formulées.Un détachement de plus en plus massif et poussé des théories de l’hérédité, Freud défend l’idée de déterminants subjectifs et personnels, multiples et plus complexes qu’une simple linéarité/prédisposition héréditaire.


Le concept de conversion, et sa dimension symbolique comme noyau de l’hystérie, sont reformulés et davantage admis (il ne s’agit plus seulement d’hypothèses à vérifier par la clinique). Freud théorise toujours avec l’idée admise qu’il y a des quantités (d’affects, de souvenirs, de représentations) en circulation dans l’appareil psychique, au travers de symptômes, et que ceux-ci sont soumis à des défenses qu’il faut obligatoirement analyser.


Freud s’accroche solidement à l’idée de l’expérience traumatique vécue, mais affine son propos avec une nouvelle dimension développementale. Il ajoute à ses précédentes affirmations : « Pour la causation de l’hystérie, il ne suffit pas qu’à une époque quelconque de la vie se produise une expérience vécue qui effleure de quelque façon la vie sexuelle et devient pathogène par la déliaison et la répression d’un affect pénible. Il faut bien plutôt que ces traumas sexuels appartiennent à l’enfance précoce (l’époque de la vie avant la puberté) et il faut que leur contenu consiste en une irritation effective des organes génitaux (processus semblable au coït) » (p. 124).


Freud insiste sur le centrisme du refoulement à la fois origine, but et condition dans les formations psychiques ; Mise en évidence du souvenir-couverture et du mécanisme d’oubliance autour de l’idée que le patient a une chaîne associative, une chaîne des souvenirs soumise elle aussi aux effets du refoulement et de la défense (toujours contre le contenu sexuel des représentations). Il pose les bases de l’Interprétation de rêves et de Psychopathologie de la vie quotidienneen précisant que les systèmes de défense et de refoulement ne sont pas propres aux mécanismes psychopathologiques mais touchent aussi les sujets sains.


Représentation plus précise de la thérapie psychanalytique et surtout de ses buts : « (...) La thérapie psychanalytique qui tend au redressement des refoulements et déplacements, et qui élimine les symptômes par le rétablissement du véritable objet psychique » (p. 249). Freud propose de penser le cadre psychanalytique et est conscient qu’il reste encore beaucoup à construire. Sa vision, à ce moment, est assez étonnante : « La thérapie psychanalytique n’est pas à ce jour universellement applicable ; je lui connais les restrictions suivantes : elle exige un certain degré de maturité et de discernement chez le malade, c’est pourquoi elle n’est pas valable pour les personnes dans l’enfance ou pour les adultes faibles d’esprit et incultes. Elle échoue chez les personnes trop avancées en âge, du fait que chez elles, en fonction du matériel trop accumulé, elle requerrait beaucoup trop de temps (...) » (p. 237).


Le rapport entre le latent et le manifeste est plus fin dans les théorisations de Freud, alors qu’avant il y avait simplement des représentations refoulées et des représentations conscientes, l’articulation entre le conscient et l’inconscient est davantage décliné.


De manière générale, Freud met en avant le travail de l’inconscient et sa complexité, en terme de modifications, d’impacts sur le réel (oubliance), de transpositions, et commence à élaborer l’idée que l’ensemble permet l’écoulement et/ou la satisfaction de ce qui ne peut advenir directement car inconciliable.


Articulation de la notion de conflit psychique et de compromis, conjointement aux prémices de conceptions topiques (en terme d’instances). Tout l’appareil psychique n’est pas maîtrisable et il y a des instances qui s’articulent entre elles, inhibent ou provoquent : « Des cheminements de pensées qui existent chez moi dans l’état du refoulement, c.-à-d. qui, malgré l’intensité de l’intérêt qui leur échoit, rencontrent une certaine instance psychique et par conséquent du devenir-conscient » (p. 247).


L’article qui m’a le plus marqué est La sexualité dans l’étiologie des névroses (1898). En effet, il donne à voir un véritable corps à corps entre Freud, porteur de ses idées, et les médecins, sous la mouvance de la communauté scientifique persuadée du monopole de l’hérédité. Ses phrases sont très incisives, accusatrices et provocatrices. L’enjeu de cet article n’est pas seulement épistémologique, mais aussi sociologique. Sans prêter attention aux défenses des médecins, il les met face à leurs réticences, résistances et aux tabous partagés.


« Je sais qu’on s’efforcera immanquablement, par des arguments à coloration éthique, d’écarter le médecin de la poursuite de cet objet [sexuel] (...). Le médecin, à ce que j’entends dire, n’a pas le droit de faire intrusion dans les secrets sexuels de ses patients, d’offenser grossièrement leur pudeur par un tel examen – particulièrement celle des personnes du sexe féminin (...), chez les adultes il acquerra une complicité de savoir incommode et détruira sa propre relation à ses malades. Ce serait donc son devoir éthique de rester à distance de toute l’affaire sexuelle. Il est bien permis de répondre : c’est là la manifestation d’une pruderie indigne d’un médecin, laquelle masque imparfaitement sa faiblesse par de mauvais arguments » (p. 218).


« Par ailleurs, nous avons tout intérêt à ce que, dans les choses sexuelles aussi, un degré de sincérité entre les humains supérieur à celui requis jusqu’à présent devienne un devoir. La moralité sexuelle ne peut qu’y gagner. Présentement, nous sommes tous sans exception, malades comme bien portants, des hypocrites en matière de sexualité » (p. 221).


Deux citations intéressantes, presque poétiques :

« Si le médecin savait que le malade livre tout le temps un combat contre l’habitude sexuelle qu’il a prise, et qu’il est tombé dans le désespoir parce qu’il a dû encore une fois succomber à elle, s’il s’entendait à arracher au malade son secret, à en dévaloriser à ses yeux la gravité, et à le soutenir dans son combat pour se déshabituer, alors le succès de l’effort thérapeutique s’en trouverait sans doute consolidé » (p. 230).


« D’après mon expérience, il est hautement souhaitable que les directeurs médicaux de tels établissements soient suffisamment persuadés qu’ils n’ont pas affaire à des victimes de la civilisation ou de l’hérédité, mais – sit venia verbo [qu’on pardonne ce mot] – à des estropiés de la sexualité » (p. 229).


Questionnement : Distinction entre représentations refoulées et représentations refoulantes ?

« Les souvenirs revivifiés et les reproches formés à partir d’eux n’entrent pourtant jamais dans la conscience sans être modifiés, mais ce qui devient conscient comme représentation de contrainte et affect de contrainte, ce qui pour la vie consciente se substitue au souvenir pathogène, ce sont des formations de compromis entre les représentations refoulées et les représentations refoulantes » (p. 131).



À partir d'une lecture de : FREUD, S. (2005). Les névropsychoses de défense, 1894-1899. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome III. Paris, PUF.

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