• Matthieu Julian

À partir de l'histoire d'une névrose infantile

Mis à jour : 16 mai 2019


Soigner une angoisse, des peurs ou des phobies

Dans À partir de l’histoire d’une névrose infantile (1914), Freud raconte l’analyse de Serguei Constantinovitcj Pankejeff effectuée entre février 1910 et juillet 1914, célèbre cas appelé « L’Homme aux loups » pour rappeler le contenu du discours de cet adulte, à propos de sa névrose infantile. Il s’agit donc d’une « névrose infantile qui n’a pas été analysée du temps de son existence, mais seulement quinze ans après son décours » (p. 6).


C’est un exercice intéressant à lire, car il porte en lui l’idée qu’en écoutant un adulte, on écoute aussi l’enfant qui est en lui et qui a été dans le passé. « Étudier l’enfant par la médiation de l’adulte » (p. 102), c’est une tâche présentée comme difficile par Freud, mais aussi comme essentielle à la psychanalyse car il y a le postulat d’une continuité entre névrose infantile et névrose d’adulte : « Je suis prêt à affirmer que toute névrose d’un adulte s’édifie sur sa névrose d’enfant, qui toutefois n’est pas toujours suffisamment intense pour frapper et être reconnue comme telle » (p. 97).


Ce cas est donc riche en contenu, à la fois sur la symptomatologie et sur les développements théoriques. Freud explique le passage d’une hystérie d’angoisse (phobie d’animal) à une névrose de contrainte (soutenue par un cadre religieux). Pour étudier ce cas, Freud met en lien la symptomatologie de l’enfant à la relation qu’il entretenait avec sa sœur, avec la nourrice et avec ses parents. Il montre bien, quoiqu'avec une certaine complexité, comment ces relations sont prises dans la vie sexuelle infantile, comment elles sont le lieu de mouvements libidinaux importants (tendres ou hostiles) et combien l’angoisse de la castration joue un rôle déterminant dans la vie psychique et réelle de cet enfant.


Ce qui permet à Freud de lier l’ensemble de ses hypothèses, c’est la notion de scène originaire. À partir d’une analyse fine de l’identification au père, et de la manière avec laquelle les objets sexuels sont tantôt investis, tantôt abandonnés, Freud élabore une véritable théorie de la scène primitive et du fantasme originaire. Pour Freud, cela désigne le fait – pour un enfant – de voir réellement ou de fantasmer (cela n’aurait pas d’importance) le commerce sexuel entre les parents. Interprété par l’enfant comme une scène de violence, le fantasme provoquerait cependant une excitation sexuelle.


Dans le cas présenté par Freud, le fantasme de l’enfant est plutôt de nature sadique-anal (aussi parce que la manière d’interrompre la scène du coït serait importante). Il s’agirait alors d’un noyau constitutif de la névrose infantile, en ce que cette interprétation, l’excitation sexuelle, inviterait au refoulement. En effet, et parce que l’enfant assiste à cette scène en tant que tiers, c’est là une première confrontation à la castration, mettant en jeu l’intériorisation de la différence des sexes et des générations. Freud insiste sur les effets après-coup de la scène primitive et des fantasmes originaires, il fait aussi le lien avec le complexe d’Œdipe et propose donc une analyse étiologique de la névrose.


Pour lui, c’est véritablement dans ces fantasmes/représentations que s’érigent les grandes tendances sexuelles d’un individu, en fonction des rapports d’identifications qu’il aura entretenu avec la mère ou avec le père.


Dans le cas de « L’Homme aux loups » et puisqu’il y a surtout eu une identification au père : « Bien plus, nous ne pouvons rendre justice à cet ensemble de choses à l’apparence compliquée que si nous tenons ferme à la coexistence des trois tendances sexuelles ayant pour but le père. Il était, à partir du rêve, homosexuel dans l’inconscient, au niveau du cannibalisme dans la névrose ; resta dominante la position masochiste antérieure. Les trois courants avaient tous des buts sexuels passifs. C’était le même objet, la seule et même motion sexuelle, mais il s’était effectué un clivage de celle-ci selon trois niveaux distincts » (p. 62).


Freud explique comment le rapport du sujet à la castration va être déterminant pour sa névrose, dans ce cas, il explique comment dans un premier temps l’enfant, face à l’angoisse de castration puissante, va éviter de remettre en question ses théories sexuelles infantiles et refouler les excitations sexuelles. C’est en rejetant le nouveau, qu’il y a création de symptômes (phobies, contraintes, etc.).


« Mais voici qu’arriva ce qui, à quatre ans, se produisit de neuf. Les expériences qu’il avait faites jusque-là, les indices qu’il avait perçus de la castration, se réveillèrent et jetèrent un doute sur la théorie cloacale, mirent à sa portée la connaissance de la différence des sexes et du rôle sexuel de la femme. (...) Il rejeta le nouveau – dans notre cas, pour les motifs provenant de l’angoisse de castration – et s’en tint à l’ancien. Il se décida pour l’intestin contre le vagin, de la même façon et pour les motifs analogues que plus tard il prit parti contre. (...) Tout le processus est maintenant bien plutôt caractéristique de la manière dont l’inconscient travaille. Un refoulement est quelque chose d’autre qu’un rejet » (p. 77).

Actuelles sur la guerre et la mort (1915) est un texte très intéressant à lire, surtout par rapport aux derniers événements sociaux-politiques dans le monde (terrorisme, attentats, guerres, ...). Freud tente de métaboliser les effets de la guerre en expliquant comment celle-ci modifie le rapport d’un individu à la mort et à son imaginaire social (induisant une désillusion). Sans le nommer ainsi directement, il y a quand même un lien avec la castration. Freud développe surtout la place de l’inhibition et du refoulement, à cause des interdits sociaux, et comment la guerre vient rappeler aux peuples leur tendance naturelle (la présence inévitable de la haine en-dessous des élans les plus humanistes). L’analyse du rapport que l’homme entretient avec la mort, confirme à Freud qu’il est très difficile de se représenter soi-même mort : « C’est ainsi que le citoyen du monde de la culture que j’ai introduit plus haut peut se trouver désemparé dans un monde qui lui est devenu étranger – sa grande patrie en ruine, les biens communs dévastés, les concitoyens divisés et rabaissés ! (...) Elle consiste en la destruction de l’illusion. Les illusions se recommandent à nous par le fait qu’elles nous épargnent des sentiments de déplaisir et à leur place nous font jouir de satisfactions. Il nous faut donc accepter sans nous plaindre qu’elles se heurtent un jour à une partie de la réalité effective et s’y brisent » (p. 135).


À partir d'une lecture de : FREUD, S. (2005). Une névrose infantile, Sur la guerre et la mort : 1914-1915. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome XIII. Paris, PUF (jusqu’à la page 157).
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