• Matthieu Julian

Pourquoi la guerre ?


Pourquoi la guerre existe ?

Freud avait déjà montré dans le passé qu’il pouvait se saisir des questions primordiales abordées dans Pourquoi la guerre ? (1932). Il avait déjà proposé des réflexions – surtout dans Actuelles sur la guerre et la mort (1915) – sur la raison de l’existence de guerres entre les hommes et sur le motif de leur persistance : pourquoi y a t-il des guerres entre les hommes et pourquoi ceux-ci entretiennent les guerres ? La pulsion de mort prend rapidement place dans les propos de Freud pour répondre à ce « pourquoi », après un passage par le politique et l’historique. Freud va reprendre ces conceptualisations depuis Au-delà du principe de plaisir (1920), en rappelant que la pulsion de mort devient pulsion de destruction quand elle est dirigée vers le dehors. Avant de conclure, il aborde aussi les risques de l’autorité et des pouvoirs de l’État et les tabous de l’Eglise. Comme cela avait été mis en évidence dans Psychologie des masses et analyse du moi (1921), Freud parle des identifications et du collectif.


Nouvelle suite des leçons d’introduction à la psychanalyse (1933) fait directement suite aux premières conférences d’introduction à la psychanalyse de 1916-1917. Ce texte est important pour Freud, parce qu’il s’agit de montrer que la psychanalyse avance et que de nouvelles conceptualisations voient régulièrement le jour. Le titre de cet article est alors intéressant en ce qu’il porte l’idée qu’il y a déjà eu une suite, en parlant de « nouvelle suite ».


Il n’y a donc pas de nouveauté proprement dite dans cet article – composé de sept leçons –, mais il représente un ensemble des dernières grandes conceptualisations. L’histoire de cet article est intéressante. Freud présente cet écrit à Arnold Zweig (L. du 27 novembre 1932) comme étant le dernier et dans le même temps ce qui le motive est la nécessité de relancer l’activité critique de la maison d’édition psychanalytique (Internationaler Psychoanalytischer Verlag, créée en 1919). Donc il s’agit à la fois de montrer que la psychanalyse est vivante et créatrice, et en même temps, se sentant vieillissant et de plus en plus essoufflé dans ses capacités, de faire le bilan de son travail.


Dans ces leçons et pour maintenir une continuité, Freud rappelle des éléments acquis depuis 1917 et qui ont déjà été évoqués tels que l’organisation topique et les caractéristiques de l’angoisse (XXXIe, XXXIIe et XXXIIIe leçons). Il introduit aussi tous les développements sur la féminité. Il retravaille une conceptualisation majeure de la psychanalyse dans sa XXIXe leçon, en reprenant et en reformulant la doctrine du rêve aussi avec les développements présents dans Au delà du principe de plaisir (1920). Dans la XXXe leçon, il parle de l’occultisme en reprenant notamment les avancées de Psychanalyse et télépathie (1921) et Rêve et télépathie (1921). Freud reproche aux psychanalystes de ne pas toujours utiliser cette « voie royale de l’interprétation » dans leurs recherches ou dans leurs écrits et tente donc de montrer en quoi elle est centrale dans les développements psychanalytiques. Ce qu’il montre, c’est que si les débuts de la psychanalyse sont liés à l’hystérie, il ne faut pas oublier que beaucoup d’éléments partent de son travail sur les rêves. Il y a effectivement une évolution qui a pris racine dans les rêves et qui a conduit par exemple aux questionnements sur la féminité et la vie sexuelle féminine (XXXIIIe leçon), en passant par l’organisation de l’appareil psychique, par l’angoisse et par la vie pulsionnelle.


La XXXIe leçon, dans le prolongement de Inhibition, symptôme et angoisse (1926) présente la décomposition de la personnalité psychique, détaille l’organisation topique tout en ouvrant sur la théorie de l’angoisse dans son lien à la vie pulsionnelle, pour en arriver donc à la XXXIIe leçon qui prend origine dans Au-delà du principe de plaisir (1920). Cette leçon reprend très bien Le moi et le ça (1923)et Psychologie des masses et analyse du moi (1921). La XXXIIIe leçon fait le résumé des travaux sur la féminité, en reprenant par exemple les développements de De la sexualité féminine (1931). La XXXIVe leçon vulgarise un certain nombre de questionnements sur la psychanalyse (agression, abandon, thérapie, etc). La conclusion est apportée par la XXXVe leçon, ouvrant le propos avec la question de savoir ce qu’il en est de la vision du monde apportée par la psychanalyse. Cette leçon est inspirée à la fois de Le malaise dans la culture (1930) et de L’avenir d’une illusion (1927).

Si Freud fait le bilan, il met aussi en évidence les points qu’il reste à affiner et les limites théoriques de son travail. Comment lier la doctrine du rêve au traumatisme et à la répétition ? Comment problématiser la question œdipienne, en référence à la phase préœdipienne, et au regard des particularités de la sexualité féminine ? Comment comprendre le paradoxe de la pulsion de mort ? Ce qu’il peut y avoir de nouveau, sinon dans la manière de le présenter, c’est le lien qu’il fait entre l’érotisme anal et le rêve à partir de la légende du labyrinthe. Je crois aussi que c’est dans cet écrit que Freud expose le plus clairement possible (avec des représentations) la seconde topique et le dualisme pulsionnel.

À partir d'une lecture de :

FREUD, S. (2013). Nouvelle suite des leçons et Autres textes : 1931-1936. In Œuvres complètes en psychanalyse, Tome XIX. Paris, PUF.

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