• Matthieu Julian

Le désir et son interprétation


Sexologue - Couples - Désirs

C’est à partir de la notion de désir que la question de l’organisation névrotique est abordée dans ce séminaire, organisation symptomatique et défensive. Lacan précise tout de même que la nature du désir ne peut se voir que dans la relation avec le langage, langage qui détermine la subjectivité de l’être. Il reprend les articulations des précédents séminaires sur le Che vuoi ? et interroge par là le désir de l’Autre et le lieu par lequel l’être devra établir son propre désir. En effet, la rencontre avec son propre désir se passe d’abord avec un autre que soi et il s’agit pour Lacan de continuer d’expliquer (dans la suite des séminaires précédents) comment le rapport au désir s’organise par rapport à l’expérience traumatique liée au besoin. C’est un besoin qui se transforme en demande, une demande qui se transforme en désir – désir dans lequel de toute façon l’Autre est présent, dans une suite de signifiant marquée également pas le sceau de l’imaginaire. Finalement, Lacan dit qu’à la base, désirer, c’est désirer le désir de l’Autre. Je trouve cela parlant dans la clinique de la névrose, quand l’être fait le choix de privilégier la demande plus que le désir, la manière avec laquelle certains s’imaginent que l’Autre détient les signifiants qui lui manquent.


Lacan insiste sur l’idée que le discours n’est pas ce qu’il semble être. L’être, en réalité, ne sait pas ce qu’il veut, ce qu’il fait et ce qu’il dit. Le signifiant qui est toujours absent, c’est le Phallus, absence qui vient trouer la chaîne et inscrire l’être dans le manque fondamental, ce qui induit chez lui une recherche perpétuelle pour combler ce vide constitutif du discours, le pousse à prononcer des demandes impossibles à satisfaire, et l’invite à exiger d’être reconnu dans une relation objectale marquée par le fantasme. Le but de la cure est de confronter l’être à la structure de sa demande, et de l’en extraire pour qu’il puisse réaliser son désir.


Lacan passe un long moment à articuler sa réflexion sur le désir à la question du rêve, aussi parce que Freud disait déjà que le rêve est une satisfaction du désir. Lacan argumente l’article de Freud intitulé Formulations à propos des deux principes de régulation de la vie psychique (1911) pour travailler sur le désir inconscient dans la vie onirique, sur cette satisfaction auto-suffisante qu’est l’acte de rêver. Pour Lacan, l’émergence du processus primaire (hallucinatoire) à la base de l’activité de rêver concerne non seulement une image mais aussi et surtout un signifiant. Il fait alors de la représentation et du signifiant le point essentiel du rêve, plus que la question affective, secondaire du fait que les affects ne sont là que parce qu’il y a décharge consciente (même si le sens véritable est non su). L’interprétation doit donc se faire en lisant le rêve comme un maillage de signifiants et c’est justement parce qu’il s’agit d’un maillage qu’il est possible de faire un travail d’interprétation topologique et structural du rêve.


Comment s’organise l’être face à son désir, désir qu’il redoute à la fois de satisfaire et en même temps de perdre ? Selon Lacan, l’être craint sa propre chute face à l’obscur objet du désir, objet représentant de sa perte de maîtrise, de la disparition de son propre vouloir (autosatisfaction). C’est donc un sujet barré qui se confronte à ce supposé objet du désir, un être coupé par son propre discours, incompris de lui-même. C’est le rapport à cet objet insaisissable qui est aliénant pour l’être : la satisfaction devient aliénante et il y a l’émergence d’une autre forme de jouissance (celle du symptôme).


« Le sujet en tant qu’évanouissant, en tant qu’il s’évanouit dans un certain rapport à un objet électif – voilà le rapport que je vous désigne par le fantasme » (p. 130), et il disait, plus tôt : « en présence de l’objet a, il y a évanouissement du sujet. » (p. 54) àCet évanouissement désigne une certaine angoisse, une crainte de la disparition du désir à l’approche du complexe de castration.


Lacan rappelle ensuite que l’histoire d’Hamlet, à partir de la Traumdeutung (Freud, 1909), a les mêmes racines que celle d’Œdipe mais que la question œdipienne (les enjeux de rivalité) s’y résout autrement, puisque Œdipe ne sait pas qu’il est le meurtrier de son père (la signifiance castratrice de son geste est donc insue). Par contre, Hamlet est, quand à lui, dans l’inhibition lorsque le fantôme de son père réclame une vengeance : « Hamlet est celui qui ne sait pas ce qu’il veut. » (p. 329)

Selon Lacan, Hamlet est plus près du désir de l’hystérique que de l’obsessionnel, dans son rapport au désir insatisfait plus qu’au désir impossible. Le héros ne peut pas accomplir son désir de tuer le père parce que celui-ci est déjà réalisé par le nouvel amant de sa mère.

À partir d'une lecture de :

LACAN, J. (2013). Le désir et son interprétation, 1958-1959. Le Séminaire, Livre VI. Paris, Éditions du Seuil.

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